Histoire du quartier de la Doutre

la Doutre désigne le grand quartier d'outre-Maine séparé du contre d'Angers par la rivière de la Maine qui traverse la ville en son milieu du Nord-Est au Sud-Ouest.

A la différence de la rive gauche dont la pente sert de site
défensif à la cité gallo-romaine, la rive droite, celle de la Doutre en pente
plus douce, est un vaste territoire occupé par des cultures (vignes, verger),
des prairies et de la forêt qui se peuple tardivement.

Il faut attendre la fondation de l'abbaye Notre Dame de la
Charité (ultérieurement devenue Le Ronceray) par le comte d'Anjou Foulque Nerra
en 1028 pour que se constitue alentour un premier bourg monastique dont
l'extension rapide est attestée par la construction d'une église paroissiale
attenante à l'abbaye, la Trinité.

L'habitat se fixe vraisemblablement le long des axes de passage
empruntés dès l'époque romaine, la via triumphalis vers Nantes, par la rue
Saint-Nicolas, la route de Rennes et de la Normandie par la rue Lionnaise. La
fondation de l'abbaye Saint-Nicolas confirme la développement de la périphérie
située outre Maine. Quartier Saint Lazare, la fondation de la chapelle et de la
maladrerie , à la fin du XIIe siècle, est un indicateur de l'occupation de ce
faubourg désigné sous le nom de «  faubourg saint ladre  » et qui, au XVe
siècle, dépend de la «  closerie de Guinefolle  » dont l'habitation était
implantée sur le « chemin allant de la porte Lionnaise à la porte Saint Nicolas
et les douze quartiers de vigne qui en dépendent, s'étendent au nord ouest de
l'actuelle rue Saint Lazare.  » ( Saint Lazare : histoire d'une léproserie et
d'un faubourg d'Angers XIIe-XVIIe siècles ).

Deux ponts traversent déjà la Maine. Le passage principal s'effectuait par
les Grand et Petit pont dans l'axe de la rue Beaurepaire. Bordés de maisons et
de boutiques ils enjambaient la rivière, puis le canal des Tanneries qui isolait
l'île des Carmes de la Doutre. Plus en amont, prenant appui sur l'île du Pré
Saint Jean, le pont des Treilles surmonté de moulins à eau est une création de
la fin du XIIe siècle.

La troisième enceinte d'Angers, sous le règne de Saint Louis, insère
définitivement ce versant dans la ville, l'isolant des hameaux épars sur le
plateau et de la paroisse Saint-Jacques située plus à l'Ouest.

La Doutre historique se situe donc à l'intérieur de cette enceinte détruite
au début du XIXe siècle, à la demande des bourgeois d'Angers, pour permettre
l'aménagement de boulevards. Le seul vestige qui en subsiste est la Tour Salvert
ou Tour des Anglais (près de l'actuel pont de la Haute Chaîne), outre le
soubassement de la Tour Guillou (pile du pont de la Basse Chaîne).

A la Renaissance, la configuration du quartier fait apparaître deux grands
secteurs.

Au sud les bas quartiers rassemblant une nombreuse population d'artisans et
d'ouvriers : le secteur des rues Saint-Nicolas, Corne de Cerf, Petite Fontaine
(entièrement détruit) formait un noyau très dense relayé en front de Maine par
le quartier des tanneries. Le commerce s'étendait dans les rues Bourgeoise et de
la Trinité (actuelle rue Beaurepaire) et dans la montée de la rue Lionnaise.

A l'écart des rues actives et populeuses, les terrains situés sur les
hauteurs au nord et à l'ouest forment une aire paisible et résidentielle,
quartier des notables, puis au XVIIe siècle, celui des communautés religieuses.
Parmi les plus importants, les enclos intacts des couvents du Calvaire et du
Carmel pérennisent le caractère hors du temps de cette partie de la
ville.

Le secteur englobait également deux des principaux cimetières de la ville :
celui du Tertre Saint Laurent dont une partie était réservée à l'abbaye du
Ronceray et celui des pauvres sur l'actuelle place de la Paix.

Hors les murs, une série d'habitations borde le faubourg Saint-Lazare, à
l'arrière desquelles se trouve généralement un jardin voire deux appentis. La
vigne omniprésente tend à diminuer à compter du XVIIe siècle avec l'apparition
de moulins, notamment le long du «  chemin de la Traquette  ». Le corps social
des habitants est d'une extrême diversité : «  chanoine de Saint Maurille,
receveur de l'abbaye du Ronceray, prêtre, clerc écolier à l'université d'Angers,
notaire royal, marchand de drap de soie, marchand de chardon, bâtelier,
charpentier, maréchal d'œuvre blanche, teinturier, bouvier, chirurgien, meunier,
boulanger, poissonnier.  » ( Saint Lazare : histoire d'une léproserie et d'un
faubourg d'Angers XIIe-XVIIe siècles ).

La chapelle Saint- Lazare était également dotée d'un
cimetière dans lequel on enterrait, jusqu'à la fin du XVIIIe siècle les gens du
quartier et ceux des campagnes environnantes, du faubourg de Reculée et du
faubourg Saint Jacques, ainsi que certains habitants de la
Trinité.